Genealogy and Social Status in the Enlightenment / Rationalité généalogique et statut social au temps des Lumières

 affiche-genealogy-112 et 13 janvier – Colloque

 

Présentation

Le siècle des Lumières a été décrit à juste titre comme hostile à la culture de la lignée et du lignage de l’époque moderne. Célébrant leur époque comme étant l’âge de la modernité et du progrès, beaucoup de contemporains, y compris de nombreux nobles, ont salué la nécessité de construire des hiérarchies sociales fondées sur le mérite et la conscience citoyenne plutôt que sur la naissance et la tradition. Il s’agissait en somme de poser, de manière “moderne”, le vieux débat médiéval et renaissant opposant le mérite personnel au mérite hérité. On aurait remis alors également en cause la valeur historique des récits de famille, pratique sociale constituant un puissant ciment identitaire mais désormais décriée. Dans cette optique, il était évident que l’idée de la « grande chaîne des êtres » ou celle du sang aristocratique ne respectaient aucun principe rationnel.

Toutefois, des études récentes ont remis en question cette distinction postulée entre des cours pétries de préoccupations lignagères d’une part et des salons « égalitaires » de l’autre. Que ce soit implicitement ou de manière plus ouverte, les distinctions reposant sur la naissance jouaient en effet encore un rôle essentiel au temps des Lumières. Légendes familiales, confections d’arbres généalogiques ou, de manière plus pragmatiques, construction de la parenté et mises en scènes de la commune appartenance familiale dans diverses situations de la vie sociale, continuent d’être des outils mobilisés par les acteurs sociaux, qu’ils soient nobles ou non. Cette persistance du référent généalogique est également manifeste dans d’autres domaines. Ainsi, si la question de l’innéisme quitte en partie la pensée politique, elle gagne largement celle des naturalistes. Opposées à l’assignation européenne des Américains à un milieu naturel, les élites créoles des colonies tenaient par exemple à illustrer et à expliciter les liens généalogiques qu’elles entretenaient avec leur mère-patrie grâce à un ensemble de comportements et de tactiques. Les discussions scientifiques riches et contradictoires sur la distinction entre l’humain et l’animal étaient quant à elles très influencées par l’héritage d’innombrables publications sur la lignée, la race et le lignage. Les premières compilations de pedigrees équins sont ainsi apparues en même temps que le rassemblement de manuscrits privés ou de chroniques locales dans des compilations familiales plus vastes telles que Les Peerages et les Baronetages, les nobiliaires français ou l’Almanach de Gotha (1763). Le rôle descriptif ou performatif de ces pratiques demande sans doute à être interrogé.

Il est important enfin de constater que les historiens ont cessé d’opposer le stéréotype de la famille nucléaire égalitaire aimante à celui de la famille aristocratique étendue, froide et calculatrice. L’idée n’est pas de remplacer le paradigme de Lumières progressistes par celui d’un Ancien Régime rétrograde et résilient, mais plutôt de reposer cette question sous l’angle de la pénétration différentielle (dans le temps) de la matrice généalogique dans différentes pratiques sociales et dans les divers champs du savoir : de la philosophie politique, où elle sert à dire l’ordre des choses, cette matrice semble informer par la suite, tour à tour, le domaine des sciences de la nature, ainsi que ceux de la biologie et de l’anthropologie naissantes. Puisque l’hypothétique refus par les hommes Lumières du recours au lignage et à l’origine comme colonne vertébrale de l’ordre social ne semble pas être le critère permettant de séparer Ancien Régime et modernité, la question dès lors serait : quelles transformations a subies, dans l’espace temporel qui va de Fénelon à Kant, cette forme particulière de connaissance qu’est la raison généalogique? Quels sont les usages qu’en font les différents acteurs sociaux ?

Programme

Lieu

Maison Française d’Oxford
2-10 Norham Rd,
Oxford OX2 6SE
Royaume-Uni

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